L’Amicale du Nid

Lola

Lola… comme moi. Petit baptême (rires)… c’était rigolo la première fois qu’on a fait des maraudes avec Lucie, la première fois qu’on tombe sur une personne de notre prénom, ça fait quelque chose.

Lucie

Je sais pas pourquoi c’est con mais… (rires)

Le narrateur

Vous avez peut-être aussi ce réflexe, quand vous croisez une personne qui porte le même prénom que vous, vous vous posez un tas de questions. Qui est-elle ? Quelle est son histoire ? Que fait elle en ce moment ?

Pour Lola, ces questions bousculent. Et pour cause, le quotidien de cet homonyme est fait de clients, de rencontres et de sexe tarifé. Cette autre Lola vit dans un monde invisible, un monde pourtant bien réel en Bretagne, celui de la prostitution.

Selon une étude de l’Amicale du Nid, 2000 personnes au bas mot pratiquent aujourd’hui ce qu’on appelle encore souvent le plus vieux métier du monde. Une expression inventée par Ruddyard Kipling, le fameux auteur du Livre de la Jungle. C’est aussi une jungle que nous nous apprêtons à découvrir, une jungle avec ses règles, avec sa violence, ses menaces, sa misère, une jungle où chacune, chacun fait ses choix, subit l’emprise d’un autre, affronte tout ça, défend aussi sa liberté, une jungle que Lola et Lucie arpentent, défrichent, explorent dans un seul but : aider.

Extrait Barbara – Poème de Jacques Prévert, interprété par Serge Reggiani

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue d’Siam
Tu souriais

Contrairement à ce qu’indique les mots de Prévert, nous avons de la chance. Ce jour-là, il ne pleut pas sur Brest, mais c’est bien à quelques pas de la rue de Siam que nous avons rendez-vous avec Lola et Lucie au siège Breton de cette association, l’Amicale du Nid.

Sonnerie d’interphone

-Oui, Bonjour Florian Le Bars, radio laser.

– OK !

Porte qui s’ouvre, puis bruits d’escaliers

Un appartement au 3e étage de cet immeuble des années 30, un long couloir mène à droite vers la cuisine, les bureaux.

Le regard, lui, est attiré par cette grande pièce de vie lumineuse et chaleureuse. Fauteuil, canapé, table basse, tout est fait pour que les personnes qui viennent à l’Amicale du Nid se sentent bien.

Lola

On va se mettre là.

Lucie

On va faire une maraude numérique, donc c’est par ce biais là qu’on rencontre les personnes.

Lucie Le Guellec, je suis assistante sociale aussi à l’Amicale du Nid depuis septembre.

En fait, en Bretagne, il y a très peu de prostitution de rue, c’est essentiellement des annonces sur Internet. Donc ce qu’on fait, c’est que 2 à 3 fois par semaine, on va sur les sites où il y a les annonces de prostitution. On répertorie les numéros des personnes et les prénoms. Et après, on envoie les messages pour présenter l’association, présenter nos missions, c’est comme ça qu’on arrive à rencontrer des personnes.

C’est pour ça qu’on se fait un petit thé. On se met dans de bonnes conditions parce que c’est assez fastidieux, ça prend du temps et puis c’est assez…

Lola

C’est un peu… Enfin, on est aussi confronté à des images qui ne sont pas très rigolotes à voir. C’est un contenu pornographique, au final, donc on essaye de se mettre un peu… de se mettre bien, de se mettre dans de bonnes conditions.

Moi, c’est Lola Thieulle, je suis assistante sociale à l’Amicale du Nid depuis mars dernier.

Je préviens aussi un peu en avance parce que des fois c’est vrai qu’on peut avoir des réflexions qui peuvent paraître un peu choquantes, un peu jugeantes, mais en fait c’est notre mécanisme de défense pour mettre à distance les images et le contenu auxquels on est confronté aussi.

 Lucie

Du coup, t’es prête Lola ?

Lola

C’est toi qui fais les annonces ?

(au narrateur)

Lucie elle va faire les annonces, elle va me donner les noms, les numéros de téléphone, etc, toutes les infos que je vais rentrer dans un tableau. Et ensuite on va envoyer les messages et du coup on pourra dire si les personnes on les a déjà vu ou pas. Après, ça dépend le territoire dans lequel on fait la maraude, par exemple là à Rennes, il y a vraiment des nouveaux comptes qui sont créés chaque jour.
Dans le Finistère, il y a un peu moins de renouvellement, par exemple, mais pour autant ça tourne quand même beaucoup et on rencontre tout le temps des nouvelles personnes.
On va voir, ça dépend un peu des maraudes.

Lucie

Attends donc, là, c’est à dire si tu fais les sites, c’est moi qui envoie les messages ?

En fait, celle qui regarde les sites elle dit à l’autre le numéro de téléphone, elle les rentre dans un tableau et après au moment d’envoyer les messages, c’est celle qui a rentré les numéros dans le tableau qui les dicte à la personne qui envoie les SMS. Et Lola elle s’en sort mieux sur le téléphone que moi… sur ce téléphone là en particulier. Elle a le même en fait dans son usage personnel.
Non, je sais me servir du téléphone quand même (rires) mais souvent on change, on essaie de changer quand même régulièrement parce que comme disait Lola, on est confronté à des images porno et donc il y a des jours où on est plus apte à aller voir que d’autres. Donc souvent, on essaie de tourner et puis de de voir en fonction de la journée, qui est plus à même de le faire.

Lola

Par exemple, moi je vais dire à Lucie “Aujourd’hui j’ai pas du tout envie de regarder les annonces. Enfin, je suis pas dans… je sais pas, ça peut être “j’ai pas le moral” ou juste “j’ai pas envie”, j’ai envie de me mettre sur un truc automatique, faire le tableau, on ne réfléchit pas et on envoie les messages ».

Ça dépend vraiment de notre mood aussi et de l’humeur dans laquelle on est, parce que c’est vrai que comme c’est dur, il faut qu’on tourne un petit peu.

On reprend les mêmes principes que la maraude de rue, c’est à dire on fait toujours à 2. On pourrait faire tout seul. En soi, c’est possible, mais on ne le fait pas, on a besoin de se mettre les choses à distance et d’être 2 pour pouvoir en parler.

Lucie

(Pianote sur le clavier de l’ordinateur)

Du coup, là, on réfléchit aussi sur quel site on va faire la maraude. Un site classique, type Le Bon Coin qui regroupe des annonces de tout genre. Et parmi ces annonces, il y a des annonces de prostitution un peu cachées. Et sinon on fait également notre maraude sur des sites spécialisés, vraiment des catalogues.

Lola

Je pense qu’on peut faire (nom masqué) du coup parce que sur le Finistère on n’a pas fait de tout le mois.

Le narrateur

Si ces sites ont pignon sur rue, nous avons décidé de ne pas donner leur nom dans ce reportage.

La maraude numérique peut commencer à moins que…

Lola

Ah internet, ça coupe…

On va se mettre en partage de connexion. En fait, on a des problèmes de box. Le technicien est passé tout à l’heure et ça n’arrête pas de sauter.

Reprend la maraude

Là c’est un site spécialisé… Sur un site français, elles ne peuvent pas mettre qu’elles se prostituent, sinon c’est comme si le site était proxénète. Ce site spécialisé est basé à l’étranger et du coup c’est vraiment un catalogue : les photos sont beaucoup plus pros, et en plus il y a tout dessus, des détails, des mensurations, comment elles sont épilées… Enfin, il y a tout.

Lucie

Il y a aussi les commentaires des clients

Lola

Oui, la notation des clients aussi. Enfin bon… c’est un peu glauque. Là par exemple, je peux donner un exemple de commentaires de client : “très bon moment avec une jeune femme cultivée et qui a de l’humour, j’ai pu faire sa connaissance avant de passer aux choses sérieuses côté sexe une vraie bombe. J’ai adoré ses seins et ses fesses, j’ai passé un très bon moment, elle suce à merveille et aime ce qu’elle fait. L’appartement est très sympa et propre à très bientôt.”

Voilà.

Le narrateur

Et là le client par exemple qui met ce commentaire, il ne risque rien ? La police ne peut pas le retrouver ?

Lola

On pourrait je pense, mais ces sites flirtent un petit peu avec la légalité et je pense que la police française ne s’embête pas trop à aller chercher des clients sur ces sites en sachant qu’en plus la loi de 2016 elle n’est déjà pas mise en place.

En France, pour pénaliser les clients, il faut de la flagrance : quand ils sortent des camions, ce genre de choses, donc c’est compliqué déjà en physique de les condamner comme clients de prostitution. Du coup je pense que sur Internet c’est encore plus compliqué et qu’en plus ils ne s’embêtent pas. Pour les petits chiffres en Bretagne, il y a que 2 clients qui ont été pénalisés en 2021, dans le Morbihan, donc, ça donne aussi un petit peu la considération du truc.

En fait la prostitution, c’est vraiment de l’emprise de partout. Donc forcément, le côté financier, c’est souvent par là qu’elles sont rentrées. Il y a eu à un moment un manque d’argent, que ce soit une dette ou le fait qu’elle soit étrangère, qu’elle ne puisse pas travailler, ou même française, en soit peu importe la situation dans laquelle elles sont.
L’argent c’est un peu la porte d’entrée mais à côté on voit que plus la personne reste dans la prostitution plus ce sera compliqué d’arrêter – quand elle décide d’arrêter la prostitution je le précise – on voit qu’il y a beaucoup de freins et notamment tout… (hésite)

Lucie

L’hébergement qui est très compliqué ! Elles sont logées en Airbnb, à l’hôtel. Certaines ne se prostituent pas contre de l’argent, mais contre un hébergement et quand il n’y a pas d’hébergement, il faut vivre dehors et puis être une femme à la rue c’est compliqué. Donc pour nous, souvent l’hébergement et le manque de places dans les centres d’hébergement dédiés aux femmes, notamment aux femmes, enfin aux personnes qui se prostituent, c’est un gros frein.

Lola

La prostitution, elle prend des formes multiples et aujourd’hui en Bretagne, on est beaucoup sur de la prostitution de survie, pour avoir accès aux besoins primaires, manger, dormir.

Donc c’est aussi tous les freins de l’accès au droit. Comme le disait Lucie, le fait d’avoir un logement, d’avoir accès aux soins quand on ne sait pas, quand on n’a pas de carte vitale, qu’on ne bénéficie pas de la sécurité sociale, qu’on est étrangère et que on sait pas comment ça se passe l’administratif en France, devoir payer un gynécologue, ça coûte cher.

Lucie

Ça coûte cher et puis on a beaucoup de personnes qu’on accompagne qui envoient de l’argent dans leur pays, suivant la situation familiale au pays, pour un enfant malade, un parent. Voilà donc faut subvenir aux besoins de tout ça. Et souvent, il n’y pas qu’un frein, c’est une multitude de freins qui font que c’est compliqué.

Lola

Et puis la prostitution ça peut être la conséquence de beaucoup d’autres choses aussi.

Reprend la maraude

Hop, Luna L.u.n.a.

C’est une femme, elle a 36 ans, elle est française.

Elle parle français, elle est à Morlaix, pour la contacter c’est par SMS au 0* ** ** ** **.

Là, par exemple, sur l’annonce, on voit donc qui elle est, c’est une femme caucasienne française, 36 ans, elle a les yeux marrons, elle fait 1m67, 56 kilos, les cheveux blonds. Il y a ses mensurations. 95-60-90.

Elle est partiellement rasée. Elle boit un peu d’alcool, elle fume un peu d’alcool, elle est hétérosexuelle et intéressée (Lucie la coupe). Elle fume, pardon, elle fume, elle fume occasionnellement, elle est donc hétérosexuelle et intéressée par les hommes. Voilà.

Donc il y a vraiment tout et après elle a au niveau de sa notation… Elle est top 50 x 19…

Et elle est en sex tour. (elle lit) «  De retour dans votre ville de Morlaix, Jolie femme, Sexy, Sensuelle, élégante, raffinée, je vous propose massage érotique pour des hommes courtois, gentils, bien éduqués et à l’hygiène irréprochable. Pas d’appels privés ni fixes. »

Un sex tour, c’est quand elles ne sont pas domiciliées dans la ville où elles se prostituent, en fait, elles bougent de ville en ville selon la demande. Ce sont des techniques un peu aussi pour créer de la demande, et puis c’est une petite ville, donc elles viennent, elles font quelques passes, elles restent quelques jours et après elles bougent et puis elles vont revenir dans quelques mois.

Donc c’est notre petit avantage comme nous on est hyper mobile. On travaille sur toute la Bretagne. On arrive à retrouver en général les filles qu’on contacte. Par exemple, elles vont être sur Saint Brieuc et elles vont nous dire « la semaine prochaine, je suis à Pontivy ». Et comme on peut y aller aussi, on arrive à s’arranger comme ça.

Lucie

Si la personne souhaite continuer son activité, il n’y a pas de problème, on l’accompagne là où elle en est et là où elle veut aller. Nos premiers entretiens, ce sont vraiment des entretiens de prévention, on donne des préservatifs, on informe sur la législation, etc.

 Lola

Quand on informe sur la législation, on redit que la prostitution ce n’est pas interdit en fait, donc elles ne sont pas délinquantes, et que si elles veulent continuer, il n’y a pas de problème.

Nous justement on est là pour limiter des violences, pour faire en sorte que si elles veulent continuer, elles se prostituent dans de bonnes conditions, c’est à dire avec des préservatifs.

On leur fait savoir que les clients sont pénalisables, qu’elles ont le droit d’appeler la police même si elles sont étrangères. Et que l’arrêt de la prostitution n’est pas une condition à l’accompagnement.

Par contre effectivement, si la prostitution c’est une violence pour elles et qu’elles veulent arrêter, nous on est là justement pour les soutenir.

La maraude reprend

Melany, avec un Y.
Sexy gender… c’est son dernier jour, je pense sur Brest, 24 ans, transsexuelle, étrangère.
Et c’est WhatsApp : 0* ** ** ** **

C’est pour ça qu’on change aussi, c’est parce que des fois on fait des blancs parce qu’on descend et en fait nos yeux sont accrochés par les photos ou par les commentaires et… Bon du coup. Moi, ça me…

Lucie

En fait on est vraiment sur du reporting, on va à fond etc. Et puis au bout d’un moment j’attends, j’attends Lola. « Qu’est ce qu’elle fait ? » Et en fait elle lit.

Lola

Pour l’instant, sur ce site ce sont des grosses villes, mais par exemple sur un autre site il y a énormément de petites communes rurales. En fait la prostitution en Bretagne c’est beaucoup de communes rurales et c’est encore beaucoup de personnes isolées qui n’osent pas forcément en parler autour d’elles parce que du coup elles connaissent tout le monde, tout se sait et il suffit d’en parler avec je sais pas l’infirmière qui va en parler aux pharmaciens qui va en parler machin et du coup tout se sait.

Lucie

Parfois c’est le premier entretien avec une personne, tu discutes avec elle. Et puis soudainement, elle a un appel d’un client et puis elle lui dit « oui bah attends je te rappelle, après je t’envoie un message avec mes prestations » et toi, tu déconnectes 2 secondes, t’as envie de dire « mais putain mais raccroche ton téléphone »

 Lola

« Et envoie le chier ! »

Lucie

Bien sûr, tu ne fais pas ça mais bon après bah…

Lola

Ouais, on chemine. Je pense que c’est vraiment un travail sur soi-même, à faire déjà par rapport à nos propres représentations, parce que c’est vrai que parler de la prostitution, c’est pas simple, parce qu’on a tous des stéréotypes là-dessus et du coup je pense qu’on est arrivé avec notre positionnement de travailleur social, donc jamais on est venu remettre en question leur choix.

Ça a quand même été compliqué je pense. Parce qu’on se retrouve face à quelque chose qui est tabou, dont on ne parle pas et face à des femmes qui nous racontent des fois des histoires horribles et qui continuent à avoir des clients et on a envie de leur dire qu’elles ne font pas le bon choix.

 Lucie

Par exemple, j’ai vu une personne, là je lui ai dit « moi je ne vous conseillerais pas d’y retourner, maintenant… Voilà, c’est vous, vous êtes maître de vos choix ». Et c’est vrai aussi qu’on accompagne des personnes, à la marge, qui sont à l’aise avec ce qu’elles font, qui disent ne pas avoir de problème avec ce qu’elles font.

Lola

Enfin c’est un débat chez les féministes, est-ce que c’est un choix ou pas ?

Lucie

Mais nous, on accompagne les personnes là où elles en sont, selon ce qu’elles veulent faire.

Lola

Et après leur choix, ça ne nous regarde pas hein, puis c’est ce qu’on rappelle aussi, c’est que oui, on est dans une association abolitionniste, mais au final, Lucie et moi, on n’est pas militantes, on n’est pas activistes donc on n’oblige en rien. Après on peut être en accord avec le positionnement de l’association, on est dans la continuité des politiques publiques, etc. Mais après le positionnement qu’on a en tant que travailleurs sociaux face aux personnes, notre positionnement politique il n’intervient pas… mais c’est sûr que c’est un travail à faire.

La maraude reprend

Et… Zhenni, Z.H.E.N.N.I, c’est une femme, elle a 26 ans. Elle parle français, elle est étrangère, elle est asiatique, japonaise. Et c’est Quimper. 0* ** ** ** **. Donc par exemple là, sa ville principale, c’est Quimper, mais elle va à Plomelin, Ergué-Gabéric et Pluguffan.

Voilà normalement, on en fait une cinquantaine.

Lucie

Ca dépend de notre temps et de notre motivation.

Lola

Oui, parce que des fois, par exemple, on avait pas du tout envie d’en faire une tout à l’heure, c’était pas plus mal que tu sois en retard (rires)

 Lucie

Après on les contacte, du coup, on a déjà un message pré-enregistré. En fait, tu vas pouvoir le lire

Lola

Je vais le lire.

Alors ou est ce qu’il est ? Message français, alors donc on envoie :

« Bonjour, je travaille dans une association qui s’appelle l’Amicale du Nid Bretagne qui accompagne les escortes, hôtesses etc. J’ai vu votre annonce sur tel site…
Nous sommes dans telle ville, si vous avez des questions ou besoin de quelque chose, nous distribuons des préservatifs et des protections hygiéniques gratuitement.
Si vous :
– avez des questions sur votre accès, sur vos droits, accès santé, droit au séjour, emploi, formation.
– êtes victime de violence.
– avez besoin d’aide, d’une aide juridique, dépôt de plainte ou avez besoin de rencontrer un médecin spécialiste, gynécologue, endocrinologue, etc.
Nous nous sommes disponibles et vous êtes la bienvenue.
Échange possible en espagnol, français et anglais.
On signe Lucie et Lola et ensuite plus d’infos. Donc notre numéro de téléphone, 06 35 47 60 33 et ensuite nos réseaux Snapchat, Instagram, Facebook. »

Voilà à peu près notre message.

Et du coup, à chaque fois on fait un message personnalisé dans le sens où on rajoute le prénom qu’on a reporté sur l’annonce. Et puis par exemple, on verra peut être tout à l’heure, mais si on a déjà envoyé un message à une personne il y a un mois, en fait on essaie de relancer et on renvoie pas le même message, histoire que ça ne fasse pas robot qui envoie toujours le même message, voilà.

Lola

Parce que faut se dire que, mine de rien, les personnes qu’on contacte, elles reçoivent un message d’une personne qu’elles ne connaissent pas, enfin, ça peut être n’importe qui. On peut être un proxénète, un client, des personnes mal intentionnées parce qu’il y a beaucoup de violence. Il y a beaucoup de vols, de violences physiques, ce genre de choses et du coup, notre but, c’est de montrer qu’on n’est pas des robots, qu’on est bienveillante et du coup on essaie d’envoyer des messages justement différents pour mettre la personne en confiance aussi et lui montrer que ce n’est pas juste une machine qui envoie des messages. Puis ça peut rassurer, c’est toujours dans cette idée de créer un contact mais à travers le numérique. Ce qui n’est pas facile puisque nous au final, on est des professionnels de la communication dans le social et on ne passe pas souvent par ces médias-là.

Le fait de passer par un écran, quelque chose qui est froid, ça bouleverse un peu notre pratique et nous on est obligé de s’adapter. On essaie toujours de prendre des initiatives, de tester des nouvelles choses pour voir ce qui marche. Et puis on pose des questions aux personnes aussi en leur demandant, « pourquoi vous avez répondu à notre texto ? Est ce qu’il y a des choses que vous pensez qu’il faudrait qu’on modifie ? Comment on devrait contacter les personnes ? Pour essayer de mettre à jour nos informations parce qu’il n’y a pas de théorie sur l’aller-vers numérique.

 Le narrateur

Et pourquoi un message plutôt qu’un appel ?

 Lola

C’est pour ne pas être trop intrusif. En fait, on a pas du tout la même temporalité avec les personnes. Enfin là, à l’heure actuelle il y a peut-être des personnes qui sont avec des clients ou je ne sais quoi ou elles se reposent etc. Enfin c’est déjà intrusif par message mais elles prennent le temps de nous répondre quand elles le veulent, elles checkent le message quand elles veulent.

Si on appelle, c’est un numéro qu’elles ne connaissent pas, elles ne savent pas sur qui elles vont tomber. Là au final on envoie un message en disant «  si vous avez envie, vous pouvez venir vers nous” parce que le but de l’aller-vers, au final, c’est plutôt que d’attendre que les personnes viennent vers nous, c’est d’aller vers les personnes mais il y a quand des principes à respecter, c’est comme si vous alliez dans la rue vous incruster dans la discussion de quelqu’un, enfin ça se fait pas quoi.

 Lucie

Donc c’est plutôt un message juste pour donner de l’info, elles font ce qu’elles veulent de notre message et puis…

Lucie

Au moins, il y a une trace. Enfin, elles peuvent garder notre numéro de téléphone. Nos réseaux, tout ça et pouvoir revenir regarder le message plus tard, alors qu’un appel, c’est éphémère.

Le narrateur

Et là, comment vous vous sentez après cette maraude?

Lola

(Sourire) Là, ça va parce qu’on n’a pas eu des trucs trop trop hard… franchement, les photos ça allait après. C’est aussi après l’envoi des messages parce que des fois on a des réponses un peu violentes, toi la dernière fois tu t’es fait engueuler au téléphone.

Lucie

Ouais Ouais Ouais…

La dernière fois on était sur un site français, donc pas forcément comme les sites étrangers, vraiment marqués « site de prostitution ». C’est vrai que voilà, il y a des annonces de massage mais bon souvent les annonces de massage cachent une annonce de prostitution et là on a envoyé un message à une femme… franchement sa photo, elle était assez évocatrice quand même. Enfin, elle était quasiment nue, et puis par habitude même si elles disent qu’elles font des massages, on sait que c’est autre chose.
Donc on lui a envoyé un message, même si des fois on ne sait pas toujours si on envoie ou pas et comme on dit souvent avec Lola, au pire on fait de la prévention. Voilà on ne dit pas « t’es une pute, viens me voir ». Et là en fait elle m’a appelé directement : « Ouais donc tu me traites de putes ? » Enfin bon, elle m’a incendiée pendant trois minutes, je n’ai même pas su me défendre parce que de toute façon elle m’a aligné donc voilà donc… C’est vrai que… Après ce genre de message, on est toujours un peu… enfin, nous, on est là pour venir, pour apporter du soutien aux personnes. Et du coup, quand on reçoit ce message hyper violent, je ne suis pas là pour ça… Enfin bon.

Lola

Tout ce qu’on met en place, il est toujours remis en question. Ce n’est pas facile, c’est fatiguant de toujours tout remettre en question mais en même temps c’est comme ça qu’on crée une antenne et nous ça nous permet de nous réadapter toujours aux personnes et justement de respecter leur intimité, leur vie privée tout ça.

Lucie

Voilà, ça bouscule un peu le cadre et c’est… c’est sympa.

Lola

Et tout le côté partenarial aussi parce qu’on rencontre plein de personnes, on apprend plein de choses tous les jours. Enfin, nous, en tant que jeunes professionnelles, c’est juste trop bien !

Lucie

Ouais, on se tisse un réseau de folie dans toute la Bretagne, souvent quand même. Les services sociaux, c’est sur un secteur quand même assez défini.

Lola

Et puis sur une spécificité alors que là on rencontre des professionnels du soin, de l’insertion, du logement, on voit comment ça se passe, quelles sont les similarités entre tel et tel territoire ou les différences, qu’est ce qui peut changer, quel type d’aide financière il peut y avoir enfin. Et puis on rencontre aussi des bénévoles, des associations. Enfin, c’est hyper riche.

Mais là, du coup,ça va. En plus, c’était une petite maraude, je ne sais pas. C’est ça dépend vraiment des moments. Des fois on n’est pas dans le bon mood, et puis des fois, il y a des photos, ça dépend aussi des sites, il y a des sites qui sont vraiment cracra, enfin… (sonnerie de téléphone) Ah bah tiens…

Le narrateur

 Lola est coupée par le téléphone de la permanence.

Lola

Amicale du Nid, bonjour !

Le narrateur

Cet appel, c’est celui d’une éducatrice dans un centre social, quelque part en Bretagne. Elle appelle pour une adolescente qu’elle accompagne.

Lola

Pardon, quel âge vous m’avez dit?

L’éducatrice au téléphone

… 14 ans, et qui est dans la prostitution, et qui aimerait s’en sortir et on est tombé sur votre site. Et on voulait savoir s’il y avait une possibilité de rencontrer cette jeune fille.

Lola

Alors du coup pour vous expliquer un petit peu, nous, à l’Amicale du Nid, malheureusement, pour l’instant on n’a pas d’agréments pour accompagner les jeunes, les enfants. Du coup, on peut les rencontrer mais qu’avec un référent donc soit éducateur, par exemple, ça c’est possible.
Après il faut mettre du sens : qu’est ce que vous voulez ? Est-ce que c’est un espace de parole offert à la jeune ? Où est ce qu’on peut se voir ? Est ce que vous vous pouvez bouger aussi sur l’extérieur ? Par exemple si on veut aller boire un café quelque part, est ce que c’est possible que l’éducatrice vienne et elle se mette un peu plus loin. C’est des choses comme ça.

L’éducatrice au téléphone

Oui, oui, oui, bien sûr, nous oui. Oui, nous, il y a possibilité de l’emmener. Et puis voilà, comme vous dites de se mettre un peu à l’écart pour discuter. Ce qui serait intéressant, c’est d’avoir une approche différente de la nôtre par rapport aux risques de la prostitution et aussi lui donner des pistes pour qu’elle sorte de ça.
Nous, on cherche un tiers par rapport à ça et par rapport aux autres jeunes filles. Mais nous, on peut carrément oui, oui, nous on peut bouger. Il n’y a pas de soucis, sans problème.

 Lola

Ça nous est déjà arrivé de rencontrer des jeunes filles, surtout à Rennes, parce que du coup, nous on travaille sur toute la Bretagne… pour vous réexpliquer en gros, on est 3 professionnel.le.s : un responsable d’équipe, moi, je m’appelle Lola, je suis assistante sociale et du coup je suis avec ma collègue Lucie qui est assistante sociale aussi. Je vous ai mis sur haut-parleur du coup comme ça, elle entend aussi.

Lucie

Bonjour.

Lola

Et donc, on accompagne les personnes en situation de prostitution donc soit qui sont en situation de prostitution, soit qui l’ont été, soit qui sont en risque et on fait du soutien aux professionnels aussi.

Si c’est une situation dont vous souhaitez discuter, qu’on puisse vous apporter des pistes aussi sur l’intervention que vous pouvez avoir auprès d’elle, c’est possible. On fait de la sensibilisation auprès des pros. Notre responsable prend des fois 2-3h auprès d’une équipe pour vraiment sensibiliser au système prostitutionnel. Et après effectivement on fait de l’accompagnement donc de majeures surtout mais on peut intervenir auprès des mineures et cet accompagnement se centre surtout pour offrir à cette jeune un espace de parole pour pouvoir verbaliser peut-être les violences auxquelles elle fait face et puis surtout avoir cet espace aussi sur vie affective et sexuelle, avec des personnes. Nous on est estampillé prostitution, donc des fois c’est vrai que c’est plus facile d’en parler, avec quelqu’un d’extérieur.

L’éducatrice au téléphone

C’est ça, parce que autant elle peut nous dire, nous a déjà dit que oui, elle se prostitue mais par contre elle va plus loin donc c’est compliqué… Et il y a eu une histoire de viol aussi derrière. Donc voilà, c’est quelque chose de complexe. Après c’est vrai qu’elle est complètement partante pour rencontrer votre association.

Lola

C’est chouette. C’est vrai que nous c’est de la libre adhésion. Donc si la jeune elle est partante pour nous rencontrer, oui c’est encore mieux.

L’appel se poursuit, Lola prend toutes les informations pour réussir la rencontre avec cette jeune ado, avant de revenir sur l’importance des nouveaux usages dans le travail social.

On intervient beaucoup auprès des professionnels de l’ASE, Aide Sociale à l’enfance et la dernière fois, j’étais avec une professionnelle qui me disait «  la jeune elle est sur Instagram, elle est en public donc ça veut dire que tout le monde peut voir ses stories, ce qu’elle publie mais mon service refuse en fait que je me mette sur Instagram en tant que professionnelle pour la contacter alors qu’elle est en fugue et que j’ai des informations à lui transmettre » et c’est vrai que c’est dommage.
C’est pas vraiment un refus mais c’est des nouvelles pratiques en fait. Et ça nécessite de se poser, d’y réfléchir en équipe et on sent que tout le monde n’est pas prêt à le faire quoi.

 Lucie

Puis enfin faut le dire quand même, les réseaux sociaux sont diabolisés par les gens d’un certain âge, que tous les mauvais trucs arrivent à cause des réseaux sociaux. Alors que moi je trouve ça intéressant de s’y intéresser parce que pour des jeunes, notamment en fugue qui ont que ce réseau social, Instagram, c’est intéressant de s’en saisir pour capter les personnes qui sont dessus et je trouve que voilà, c’est comme tout faut, faut cadrer son intervention !

Voilà nous, avec Lola, on utilise Instagram mais sur mon temps perso je suis pas sur l’Instagram du boulot à aller regarder enfin…

 Lola

Par exemple, pour les mineures qu’on ne rencontre pas mais dont on nous en parle beaucoup, on voit bien que ce sont des mineures à qui on peut avoir pris la carte Sim, ou des mineures qui vont changer tout le temps de numéro de téléphone. Donc en fait par SMS ou par téléphone, elles ne sont pas joignables donc il faut s’adapter aussi, que ce soit sur Snapchat, Instagram ou WhatsApp.
Enfin, je trouve que c’est pertinent, mais après je pense que ça manque de cadre parce qu’on voit bien nos collègues de l’Amicale du  Nid qui se mettent aux maraudes et en fait, ils ont mille questionnements et ça les freine.

Alors que nous, en fait, on se pose les questions après. Alors je sais pas si c’est bien ou pas, mais en tout cas on se lance et on ose. De toute façon en arrivant dans l’asso on nous avait dit directement qu’il y aurait pas de cadre, que ça allait devoir se développer, qu’on pourrait prendre des initiatives. Du coup on s’est vraiment mis là-dedans mais c’est vrai que pour un service social ça peut être compliqué je pense de totalement changer sa pratique.

La conversation au téléphone se termine

L’éducatrice au téléphone

J’ai vos contacts et on attend que vous reveniez vers nous, alors, ça marche ?

Merci beaucoup, au revoir.

Raccroche

Lola

Voilà un peu notre quotidien. Comme notre numéro traîne sur Internet, on est un peu tout le temps sollicité à droite, à gauche.

A Lucie

 Bah du coup on rappellera demain. Elle a dit qu’ils pouvaient venir sur Brest la première fois et qu’après on pouvait faire à mi-chemin.

Hop, alors je reprends le téléphone dans l’ordre… Alors vas-y, je suis prête.

Lucie

Et donc c’est Ruby, avec un Y à la fin.

Lola

Alors je vérifie juste le message…

C’est bizarre, je vais mettre le truc des préservatifs en dessous. C’est au-dessus de si vous avez des questions ? C’est bizarre non ?

 Lucie

Ah oui.

Lola

Normalement, il est en dernier. Je sais pas, je le laisse avant ?
Attends, je te montre. Non, ça c’est les relances. Non, ça c’est l’espagnol. Il est tu vois, il est…

Lucie

Ah non, non, non. Justement, on l’avait mis en premier avec gratuitement en majuscule pour que ça saute plus à l’œil.

Lola

Ok je laisse comme ça alors. Alors ? Ah non, du coup j’ai fait des bêtises… Tout sélectionner, copier…

Lucie

Bon, c’est pour ça que souvent je demande à Lola d’envoyer les messages parce que ça nécessite quand même d’une certaine dextérité sur le téléphone et puis voilà, des fois ça prend un peu la tête.

Lola

Allons-y : « Bonjour Ruby… avec un petit smiley… » Hop, c’est le premier contact.
En fait, elles nous disent qu’elles ont honte, mais effectivement, je pense que le fait d’être estampillé prostitution, c’est plus facile pour elles de venir vers nous. Et puis justement, c’est ce qu’on dit aux professionnels qu’on rencontre et qui ont du mal à évoquer la prostitution. En fait, c’est quand on n’en parle pas qu’on renvoie la culpabilité à la personne parce que c’est comme si on on lui disait qu’effectivement c’était un tabou et qu’on fermait la porte parce que c’est tabou, que c’est honteux et qu’on veut pas en parler.

Donc au contraire, d’ouvrir la porte et de lui dire qu’on n’a pas de préjugés là-dessus, on est bienveillante et pas jugeante, c’est justement moins difficile.

Lola

Moi je dirais s’il y en a qu’on a déjà contacté, ça marche.

Lucie

Du coup, voilà, je mets un petit 1 dans envoi SMS. Après, c’est pour les statistiques, combien de SMS sont envoyés ?

Lola

Pour nous retrouver un petit peu aussi sur le court terme et puis après, c’est pour nos statistiques à l’année. Tout est anonyme, on ne met pas les prénoms, c’est juste pour savoir combien de personnes on a contacté.

Lucie

Et si on nous répond plus facilement par SMS, plus par WhatsApp, voilà. Toujours dans l’objectif de réadapter notre pratique. Si on a 2 contacts, savoir quel moyen on privilégie l’envoi.

Lola

On va peut-être faire carton plein. En général c’est vrai que dans le Finistère, on retombe quand même souvent sur certaines personnes. Du coup ça dépend des fois on fait des maraudes, on connaît personne, on est contente.

Lucie

Après il faut savoir qu’il y a certaines personnes qui changent le numéro assez régulièrement. Donc on a l’impression que ce sont des nouveaux contacts mais c’est la même personne derrière. (on entend de la musique en fond) Ouais, c’est la fête.

Lola

On est dans un immeuble privé. Du coup, on vit avec les voisins (rires)

Elle on l’a déjà contactée, c’est Aphrodite et on l’a contactée le 4 janvier 2021 et le 24 août 2021. Du coup ça fait vraiment un moment quand même qu’on l’a contactée. Donc en fait on va renvoyer le même message parce qu’on se dit qu’elle a eu le temps de supprimer notre message. Souvent d’ailleurs, on envoie des relances et puis on nous répond « Vous êtes qui ?» alors qu’on leur a envoyé six messages. Et les relances on les fait au final quand ça fait moins de 3 mois, donc là août, ça fait trop loin… Elle a un prénom ou pas ?

Lucie

Oui, Luna.

Lola

Là on voit que c’est beaucoup des personnes étrangères. Bon, on en a fait que quelques-unes mais de toute façon, c’est souvent des personnes étrangères et du coup ce sont des personnes qui sont en sex tour, qui viennent soit d’Europe, soit de plus loin, et qui sont souvent un peu isolées. Elles ne connaissant pas leur droit, et nous notre but c’est un peu de rompre cet isolement, qu’elles puissent savoir vers qui se tourner, si jamais elles ont besoin.
Du coup, on envoie des messages qui peuvent parfois sembler partir dans le vide, mais en général elles savent nous recontacter si elles ont besoin. Donc ce n’est pas que des personnes qu’on rencontre mais au final ça a quand même cet intérêt de faire de la prévention et puis donner un contact à ces personnes qui peuvent des fois se retrouver dans des situations compliquées mais toutes seules sur le territoire français

Lucie

Ce matin, on a reçu un SMS d’une personne qui souhaitait faire des tests pour le Sida. C’est une personne qu’on a contacté il y a quelques temps, à qui on avait envoyé un message et qui ne nous avait pas répondu sur le moment. Mais finalement, c’est aujourd’hui qu’elle en avait besoin et elle a su nous recontacter. On la rencontrera  peut-être pas, peut-être qu’on va juste lui envoyer le centre de dépistage anonyme et gratuit le plus proche. Et peut être qu’elle passera le mot et notre but c’est ça, c’est vraiment ça, c’est de rompre l’isolement.

Lola

 Il n’en reste qu’une non ?

Lucie

Non on a terminé.

Lola

Ah cool… On essaie de se forcer vraiment à faire des maraudes parce que c’est comme ça qu’on rencontre notre public et en fait, on voit bien que quand on arrête d’en faire, on a des baisses d’activité vraiment fortes. Notre aller-vers, ce sont des maraudes numérique mais il n’y a pas que ça : on essaie vraiment de publier des choses sur Instagram, d’être actif sur Snapchat, de mettre des stories.

Il y a vraiment deux parties. Et si on ne le fait pas, notre activité baisse. Après c’est vrai que c’est pas hyper fun quoi comme pratique, les premières fois c’est intéressant parce que c’est nouveau, ça change un petit peu nos pratiques, mais en soi c’est un peu chiant.

Lucie

Quand on le fait, il n’y a pas forcément de sens mais il faut voir le sens qu’il y a derrière. Et donc c’est toujours de créer de la rencontre, prévenir les personnes. Donner de l’info, voir le sens à long terme. Mais c’est vrai que sur l’instant c’est un peu chiant.

Lola

La prostitution, c’est comme les violences conjugales, ce sont les mêmes mécanismes, c’est hyper important que ce soit la personne qui fasse ses propres choix. Nous on est là comme on disait pour soutenir mais pas du tout pour obliger. Parce qu’à partir du moment où la personne elle ne fait pas ses propres choix, elle retournera dans la prostitution. C’est comme les femmes victimes de violences conjugales qui font des allers-retours. La prostitution, c’est de l’emprise, ce sont des mécanismes hyper compliqués et du coup c’est pas du tout à nous de venir imposer un jugement de valeur, dire que la prostitution c’est honteux et que ce n’est pas bien aux personnes. Enfin les personnes elles font leurs propres choix et en France ce n’est pas interdit la prostitution, c’est toléré.

Lucie

C’est vrai qu’une maraude de rue, on est au contact des personnes, on va les voir et même si elles ne souhaitent pas forcément nous parler au moins on bouge. Là on est devant nos écrans et puis on attend. Après des fois, on a des maraudes qui sont hyper productives et on a plein de contacts et il faut répondre. Puis des fois, là par exemple, on n’en a pas fait beaucoup, du coup on n’a pas de retour. La dernière fois qu’on l’avait fait, on avait des personnes qui nous avaient répondu sur l’instant qui peuvent nous appeler directement, nous appeler en vidéo pour voir qui il y a derrière ce message parce que ça peut être quelqu’un de mal intentionné.

On nous a demandé aussi d’envoyer des photos parfois donc bon, on le fait. Et puis sur WhatsApp, on peut supprimer donc on envoie. Et puis quand la personne a vu, on supprime. Bon, après peut-être que notre photo circule, on ne sait pas trop où…

Lola

(Rires)

Peut-être sur les sites de prostitution, Lola et Lucie !

Lucie

Nous, on a décidé de le faire parce que c’est aussi montrer patte blanche un peu aux personnes. Moi, je comprends qu’elles soient inquiètes.

Lola

Et c’est vrai que ça nous questionne parfois d’envoyer nos photos sur Internet. Il y a beaucoup de prévention sur ne pas envoyer des photos à n’importe qui, faire attention. On a pas mal de choses comme ça qui arrivent et des fois on réagit sur l’instant et on se questionne après. Mais au final c’est aussi dans cette idée d’aller à visage découvert et ne pas avoir peur.

Lucie

Après ça n’est qu’une photo de nos têtes. Enfin je veux dire ça va, on ne s’expose pas. On a répondu à un appel à projet d’une association, on va avoir notre tête exposée dans le carrefour de de Quimper, donc bon au pire c’est pas grave.

Lucie

Le lien qu’on a avec les personnes, il est assez fort, on a une relation, je ne sais pas si c’est parce qu’on apporte un sujet hyper sensible qui touche à l’intimité, mais on a un lien, une relation de confiance avec les personnes qu’on accompagne.

Lola

On a des relations de confiance très fortes avec les personnes. C’est franchement un poste où on apprend tout le temps, tout le temps, tout le temps. Moi je voulais travailler dans les violences faites aux femmes. Du coup je suis servie. En tant que professionnelle c’est dur mais c’est très enrichissant, au final il y a vraiment des bons côtés.

Lucie

Et puis il y a des bons moments. Les personnes qu’on accompagne, on essaie de les réunir, de faire des activités, on est allé à la plage l’été dernier, c’était super.

Lola

Franchement c’est un bon taf (sourire).