Voyage immersif chez les AES de Morlaix

Retour sur l’épisode 1

Le 8 mars dernier marquait notre première rencontre avec les AES de Morlaix…
A peine arrivé.e.s, nous étions plongé.e.s dans le bain d’une expérimentation autour de la création d’un Kamishibaï. Au cœur de ce projet : la création de lien social.

revivre l’épisode 1

Un projet collectif pour recréer du lien social

Que ce soit en structure ou à domicile, les personnes âgées ou les personnes en situation de handicap sont souvent sujettes à des ruptures de lien social. Famille éloignée ou absente, activités collectives parfois difficiles à intégrer, les personnes peuvent se retrouver seules et le sentiment d’isolement est fort.
Au cœur du métier d’AES, l’accompagnement de proximité des personnes vulnérables pour compenser un manque d’autonomie, quelle qu’en soit l’origine ou la nature.
Une des missions des AES : permettre à la personne d’être actrice de son projet de vie.
Quand le groupe en formation se voit proposer de travailler ensemble à un projet pouvant recréer du lien, il ne peut qu’adhérer, même s’il ne sait pas encore tout à fait ce qui l’attend…

Une aventure particulière dans laquelle l’implication n’est pas un vain mot…

Bousculé.e.s dans leurs habitudes d’intervention classique, le groupe se voit proposer une expérimentation au cœur de laquelle il sera immergé pendant 7 jours. La seule contrainte : une fois le prototype du dispositif d’animation créé, il faudra le tester avec les personnes concernées pour pouvoir le ré-ajuster.
Quand nous arrivons à Morlaix le 08 mars 2022, le groupe en est à sa 5ème séance de travail. Un rapide retour en arrière s’impose alors… Il y a quelques mois, pour débuter leur recherche, les stagiaires se sont réuni.e.s autour d’un même objet et ont réfléchi, à partir de questions, à comment un objet pouvait être un prétexte ludique : un “objeu”. Les stagiaires se sont ensuite réparti.e.s en 3 groupes (le théâtre d’objet, le kamishibai et le théâtre d’ombres) et ont réalisé des prototypes. La réunification des 3 groupes a donné lieu à la création des 2 boîtes : une première boîte pour le kamishibai et le théâtre d’ombres et une seconde avec le matériel nécessaire. À notre arrivée, le prototype de ces deux boîtes est réalisé et il nous propose de le tester…
Nous voilà donc bêta-testeurs avant que chacun et chacune puisse l’expérimenter dans sa structure ou en intervention à domicile.

Une animation en 3 temps

Avant toute chose, pour que l’animation fonctionne, chaque personne qui va y participer doit choisir un objet personnel qui lui est cher et qui évoque pour elle des souvenirs positifs. Intitulée “Mille et une vie de l’objet”, cette animation inspirée du Dixit envisage l’objet comme support de médiation et de prétexte à la créativité.

Pour libérer la parole et amener petit à petit les personnes concernées à développer leur imaginaire, le groupe imagine un dispositif en 3 temps :

Première étape : le questionnaire

Cette première séquence, intitulée “Un objet, des pensées”, invite à raconter l’histoire de l’objet choisi. Élaboré pour permettre de faire travailler la mémoire au travers de souvenirs positifs et de pensées joyeuses, le questionnaire se compose des questions suivantes :

La fabrication

  • Qui a fabriqué cet objet ?
  • Où a été fabriqué cet objet ?
  • De quelles matières, matériaux est-il composé ?
  • D’où proviennent ces matériaux ?
  • De quelle taille est-il, quelles sont les formes qui le composent ?
  • Décrivez ses fonctions ?

La rencontre

  • Quand avez-vous rencontré cet objet pour la première fois ?
  • Où a eu lieu cette rencontre ? Pouvez-vous décrire assez précisément cet endroit ?
  • Comment a eu lieu cette rencontre ?
  • Cette rencontre a-t-elle eu un impact sur votre vie ?
  • Qu’est-ce que cet objet symbolise pour vous ?

Les trajectoires

  • Cet objet est-il éphémère ?
  • Cet objet a-t-il été modifié ? Réparé ?
  • Cet objet a-t-il appartenu à d’autres personnes ?
  • Cet objet a-t-il voyagé ?
  • Pouvez-raconter un moment marquant avec cet objet ?
  • Est-ce qu’il attise la curiosité ?
  • Est-il caché ou mis en valeur au quotidien ?
  • Vos sentiments envers cet objet ont-ils évolué ?
  • Comptez-vous le transmettre à une autre personne ?
  • Est-ce que ça vous dérangerait que cet objet soit inscrit dans l’histoire du Kamishibai, qu’on le rende vivant ?

Deuxième étape : le jeu de cartes

“Des idées, un récit” : une fois l’histoire de l’objet terminée, place au jeu !

À partir de 37 cartes (personnage principal ou secondaire, environnement principal ou secondaire, éléments perturbateurs, début et fin), le narrateur est invité à créer une histoire en y intégrant son objet. Le narrateur peut alors lui faire endosser le rôle de son choix.

Si le narrateur se trouve bloqué, il peut, à sa guise, changer de cartes ou inventer un autre univers qui lui corresponde davantage, le principal étant qu’il se sente toujours sécurisé dans le cadre proposé.

Et si le narrateur est joueur, il peut inviter d’autres participant.e.s à intégrer son récit. À deux, les joueur.se.s posent une carte chacun.e leur tour et intègrent un nouvel élément dans le récit. À trois ou plus et en commençant toujours par la carte “Il était une fois”, il n’y a plus de sens de jeu et les joueur.se.s peuvent poser une nouvelle carte à tout moment. Seule règle : poursuivre l’histoire là où est rendue la personne précédente.

Troisième étape : la création graphique

“Une histoire, une mise en scène” : cette dernière séquence invite maintenant à transformer le récit imaginé en histoire figée. Pour cela, 2 solutions : illustrer le récit avec un théâtre d’ombre ou avec des dessins pour les animer dans un théâtre de papier. Quel que soit le support choisi, les stagiaires ont inventé et réalisé le prototype d’un objet 2-en-1, permettant de jouer sur les deux tableaux.

Fabriqué en bois, ce prototype, de la taille d’une petite mallette, est facilement transportable. Et tout y a été pensé : les emplacements pour les dessins ou les objets, les filtres de couleurs, l’éclairage, l’endroit où noter le texte pour ne pas être obligé.e de l’apprendre.

Retour en image sur cette création

Et pour nous, ça a donné quoi ?

Comme nous vous le disions, nous nous sommes prêté.e.s au jeu… Avec deux objets personnels bien différents : un diamant de platine vinyle et un colibri en bois…
Si nous choisissons de garder pour nous nos récits de vie, nous vous livrons avec plaisir les histoires qui en sont nées ainsi que la mise en dessins…

Pour varier les techniques, le groupe de stagiaires a pensé à 2 propositions différents :

  • la possibilité de faire un théâtre d’ombres
  • la possibilité de présenter l’histoire en s’inspirant du kamishibai japonais (théâtre de papier)

Le 8 mars, ce sont 2 histoires en kamishibai qui ont vues le jour !

Réalisation du groupe 1

Réalisation du groupe 2

Cet exercice a été réalisé en un temps record : 1h30 d’expérimentation pour réussir à tester toutes les phases.
En réalité, c’est un atelier qui peut se développer sur plusieurs séances avec les personnes concernées pour aller à leur rythme et ritualiser un rendez-vous autour de leur objet.

Et pour vous rendre compte de la qualité esthétique que cet atelier peut prendre, vous trouverez ci-dessous le texte et les planches du kamishibai réalisé par le groupe de stagiaires ! Bravo à eux et un grand merci pour leur accueil.

“D’après une légende dont les dernières traces ramènent à l’ère d’edo, la forêt millénaire de Aoshigahara abritait un démon nommé Tic Quiero qui fut terrassé puis scellé par Hayao Kurosaki , plus grand samouraï de son ère .

Nous sommes en 2022. Hanako vit à l’orée de la forêt. Dans une belle et vielle maison. Elle a 75 ans, fait du vélo, son jardin, fait des balades en forêt et est membre de deux associations qui aident les enfants. Elle tient énormément à toute ces activités.

Aujourd’hui, en revenant d’une ballade en forêt, Hanako se sent particulièrement fatiguée. Elle monte les escaliers, arrive dans le salon et chute. Par chance, une longue heure plus tard, Imari, sa fille, lui rend visite comme à son habitude. Voyant sa mère allongée par terre elle bondit sur le téléphone pour appeler les secours. Ils arrivent en quelques minutes pour la secourir. Après une hospitalisation, le diagnostic se pose, Hanako a une maladie neuro dégénérative qui, petit à petit, lui fait perdre l’usage de son corps. Imari entreprend donc de rester près de sa mère le temps de trouver quelqu’un pour l’accompagner.

En regardant le journal elle prend connaissance des différentes associations d’aide à la personne et est conquise par AEStétik. La semaine suivante, en attendant de mettre en place les aides financières de l’état avec une assistante sociale, c’est un jeune homme blond aux yeux très particuliers, Ichigo Kurosaki, qui est et sera aux côtés de Hanako pour l’accompagner jour et nuit. La relève sera prise par Imari le week-end. Les heures, les jours et les mois passèrent. Ils apprirent à se connaître. Une fin d’après-midi en hiver, la nuit arrivée très vite pu permettre aux yeux d’Ichigo d’apercevoir des filaments avec une aura bleue au dessus de Hanako. Son instinct lui dit de faire comme s’il ne les voyait pas. Comme tous les soirs, Ichigo aida Hanako à se coucher. Durant la nuit, Ichigo eu un pressentiment. Il se leva donc pour aller voir Hanako et en passant par le salon, il ressentit tout à coup une énergie qui émana d’un Katana accroché au mur qui devait sûrement appartenir aux ancêtres de Hanako. Soudainement tout s’accéléra pour Ichigo. Il prit la lame et couru dans la chambre de Hanako. Il ne sentit plus rien. Arrivé devant lit…

il vit Tic Quiero une tique qui, au vu de son corps anormalement grand, avait mangé énormément. Sans comprendre un seul de ses gestes il brandit son katana et…

…fendit les filaments d’un coup rapide et précis. Un noir total pris la vue d’Ichigo. D’un grand sursaut, il se réveilla comme d’un mauvais rêve dont il ne put se souvenir sur l’instant. Ce qu’il vit le surpris.

Hanako se tenait devant lui avec le visage apaisé. Elle pouvait remarcher seule ! Elle lui expliqua, durant le petit déjeuner qu’elle avait elle même préparé, que ses muscles avaient quand même du mal mais qu’elle ressentait son énergie d’antan revenir.

Hanako et Ichigo restèrent amis et ils eurent beaucoup de bons moments.

FIN

Épisode 2

Ce 30 août 2022 a marqué notre retour dans le Finistère pour accompagner le groupe de stagiaires dans la présentation de son outil d’animation à des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, à l’accueil de jour de l’AS Domicile de Morlaix.

En entrant à l’accueil de jour, nous faisons connaissance avec Ginette, Renée, Didier, François, Thérèse et Yvonne, âgé.e.s de 72 à 95 ans, venu.e.s passer la journée en compagnie de l’équipe de professionnelles. Un petit café pour briser la glace et ensuite pouvoir laisser place à l’animation.

Une nécessaire adaptation du projet d’origine

Fort.e.s de leur expertise dans l’accompagnement du public, le groupe de stagiaires a pris la décision d’adapter son outil, et pour ne pas mettre les personnes en difficulté voire en échec, a décidé de tout miser sur la création collective.

“La musique remplace désormais l’objet”

Kévin, stagiaire AES

Il ne s’agit donc plus de créer une histoire individuelle à partir d’un objet personnel, mais plutôt de faire appel à la mémoire et aux émotions à partir de chansons sélectionnées pour l’occasion.

Ce sont ainsi Edith Piaf, Jacques Brel, Yves Montand, Sheila, Michel Sardou, Pierre Perret, Brigitte Bardot et tant d’autres qui se sont joints à nous pour démarrer l’animation.

Première phase : découverte collective de la playlist !

Dans un petit coin de l’accueil de jour, confortablement installé.e.s dans des fauteuils, nos hôtes découvrent les musiques sélectionnées : certain.e.s fredonnent tandis que les autres écoutent, tapent des mains ou hochent la tête. Personne ne reste indifférent aux sollicitations.

Phase 2 : on passe à table !

Le groupe est invité à se mettre à table pour dessiner en ré-écoutant les chansons.
Afin d’inclure tout le monde en fonction de ses capacités et de ses envies, plusieurs options sont proposées :

  • dessins libres pour les plus à l’aise
  • coloriages ou dessins à partir de dessins préexistants
  • découpage de certains détails qui serviront le Kamishibaï

Pour que le récit final soit collectif, tout le monde se prend au jeu et les chansons deviennent prétexte aux échanges autour des souvenirs des un.e.s et des autres.

Phase 3 : grand bol d’air dans le patio !

Afin de conserver les rituels ancrés à l’accueil de jour, une pause est proposée dans le Patio. L’occasion de faire une partie de pétanque où rivalité et bonne humeur sont au rendez-vous !

Pendant ce temps, l’équipe des AES s’affère pour récupérer les dessins, les trier et construire un récit cohérent.

Dernière phase : petit café et restitution

Avant de quitter l’accueil de jour, il est temps pour chacun et chacune d’écouter une petite histoire…

Retours sur l’expérimentation

Pour clôturer ce projet collectif, les stagiaires se sont individuellement prêté·e·s au jeu du retour d’expérience. L’occasion de formaliser les éléments positifs et négatifs et d’identifier les axes d’améliorations possibles.

« C’était très intéressant. Cela a permis de mettre en relation les compétences de chacun. »

Kamakéa

« Malgré le nombre de personnes important, l’animation fut réussie grâce à une bonne capacité d’adaptation du groupe. »

Amélie

« L’animation a été un moment d’échange avec le groupe présent. Trop d’intervenants pour le nombre de personnes accueillies. »

Maëva

« Trop d’intervenants présents par rapport au nombre de personnes accompagnées, sachant leurs pathologies. Mais l’animation s’est bien déroulée et on a pu découvrir la passion pour le dessin d’une des personnes, un point satisfaisant. »

Yann

« Une animation riche en échanges et partage de souvenirs. »

Annaïc

« Au début, nous sommes mal partis dans notre organisation. Puis nous avons développé un esprit d’équipe et nous avons pu laisser libre cours à notre imagination. L’activité finale à l’accueil de jour s’est bien déroulée car elle a eu lieu en structure. Je pense que l’activité est peu adaptée au domicile. Pour moi, c’est une bonne expérience ! »

Guénaelle

« Activité intéressante qui s’est bien déroulée malgré le nombre de personnes présentes. Si c’était à refaire, prévoir un groupe moins conséquent. Bonne esprit d’équipe. Les personnes présentes ont eu l’air d’apprécier l’animation. »

Charlotte

« C’était intéressant. Le fait que Le Campus soit là a permis une meilleure visualisation du projet et de pouvoir le proposer à un plus large public. »

Kévin

« À l’invitation d’Askoria site de Morlaix, nous nous sommes engagés, avec la complicité  des stagiaires AES, dans le développement d’un dispositif favorisant la rencontre et la création de récits illustrés en petit groupe. Une série de questions et d’incitations ont été conçues collégialement ainsi que deux prototypes d’objet pour restituer les créations collectives. Ce théâtre de poche fonctionne aussi bien comme un kamishibaï japonais qu’un théâtre d’ombre, très simple dans son utilisation, il est assez compact pour être glissé dans un sac à dos.
À la fin du module, nous avons proposé aux stagiaires de tester ce dispositif en dehors du centre de formation et plus précisément auprès de personnes âgées à la mémoire très capricieuse. À l’initiative des stagiaires, l’objet du quotidien, initialement utilisé pour amorcer le dispositif, a été remplacé par une sélection de chansons bien choisies. L’ensemble du déroulé a été alors adapté avec soin pour répondre à ce contexte particulier et favoriser les émotions collectives. La sélection de chansons, comme outils de mémoire et de médiation, a accompagné cet après-midi d’atelier. Pour finir, elle a servi de bande son et de trame narrative afin d’improviser en un temps record une histoire pour la restitution.
Bravo à toutes et tous ! »

Thibault, intervenant